écrit avec Batekmila, le Dimanche 8 Avril 2007
Je suis restée là toute la journée. Toute la journée devant ce piano beau et grand et tout ce que tu veux. Mais rien à faire. Je me laisse bercer par ce balancement sans faille qui me rappelle que la journée passe ou qu'elle va bientôt passer... la tête dans le métronome, je m'endors. Le va-et-vient du balancier m'entraîne vers d'autres horizons.
Là-bas il fait noir, l'air est irrespirable, ma gorge se serre. Je le vois arriver tout en plumes, le bec acéré. Il fait… je sais pas, disons deux mètres voire même trois, il est impressionnant. Il me ferait presque peur mais cependant ce n'est pas le cas, il me donne envie à vrai dire. Ma respiration se fait plus ample et tout à coup je me sens mieux. Du chocolat ! Les touches en sont parsemées, je glisse sur ce chemin, suis la cadence tracée à tire d'ailes par mon hôte. Là-bas, il fait bon à croquer, l'air dicte la croche. Je le vois au loin se poser sur les portées sucrées. J'accours aussitôt près de ces sucreries qui m'appellent de leurs chants mélodieux. Je n'hésite pas, je me lance et me retrouve nez à nez avec une guimauve à l'odeur alléchante. Quelle joie, mes yeux pleurent de joie à la vue de cette grande merveille qui s'apprête à sucrer le reste de ma vie. J'ouvre grand la bouche et m'approche de son oreille. Et je deviens note. Je trace mon parcours à travers les lignes, mon appétit n'a pas d'appareil. Mais l'appel de la Clé se fait bientôt sentir et deux issues de ma randonnée gustative s'ouvrent à moi. Clé de sol... elle est bien tentante avec ses torticolis de pâtes d'amande. Clé de fa et ses deux pommes d'amours qui la pointent. Je veux les deux ! Oh oui je les veux entières pour moi toute seule. Je n'ai qu’à écarter mes deux bras pour les atteindre toute les deux mais elles sont si loin. Le sol se dérobe, les portées s'entremêlent, je sombre... Ma gourmandise me rend-elle fausse ? Le cacao fait place au flan, je m'enlise, je me noie... puis je l'entends... Ut sera-t-elle ma rédemption ? Je m'accroche, le sel n'est pas loin. Je chante, cette chanson qui est partout dans ma tête. J'en ai plein la mémoire. Ma voix s'exalte alors que je me dérobe sous les litres de lait aux oeufs. Je chante déjà ma mort lorsqu’un gaz en do se délivre de mon intestin grêle et rend en air toute cette grotte d'Hansel et Gretel.
L'éveil est brutal... J'ouvre un oeil, puis l'autre... La cadence n'est plus... Je pose mes mains à plat sur le clavier. Le piano reflète mon visage, noircit mes canines et matérialise le damier sur mon sourire défait. Il est temps de composer à présent...

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