... Mots

Mardi 10 février 2009
chocolat, flan, randonnée, métronome, canine

écrit avec Batekmila, le Dimanche 8 Avril 2007


Je suis restée là toute la journée. Toute la journée devant ce piano beau et grand et tout ce que tu veux. Mais rien à faire. Je me laisse bercer par ce balancement sans faille qui me rappelle que la journée passe ou qu'elle va bientôt passer... la tête dans le métronome, je m'endors. Le va-et-vient du balancier m'entraîne vers d'autres horizons.

Là-bas il fait noir, l'air est irrespirable, ma gorge se serre. Je le vois arriver tout en plumes, le bec acéré. Il fait… je sais pas, disons deux mètres voire même trois, il est impressionnant. Il me ferait presque peur mais cependant ce n'est pas le cas, il me donne envie à vrai dire. Ma respiration se fait plus ample et tout à coup je me sens mieux. Du chocolat ! Les touches en sont parsemées, je glisse sur ce chemin, suis la cadence tracée à tire d'ailes par mon hôte. Là-bas, il fait bon à croquer, l'air dicte la croche. Je le vois au loin se poser sur les portées sucrées. J'accours aussitôt près de ces sucreries qui m'appellent de leurs chants mélodieux. Je n'hésite pas, je me lance et me retrouve nez à nez avec une guimauve à l'odeur alléchante. Quelle joie, mes yeux pleurent de joie à la vue de cette grande merveille qui s'apprête à sucrer le reste de ma vie. J'ouvre grand la bouche et m'approche de son oreille. Et je deviens note. Je trace mon parcours à travers les lignes, mon appétit n'a pas d'appareil. Mais l'appel de la Clé se fait bientôt sentir et deux issues de ma randonnée gustative s'ouvrent à moi. Clé de sol... elle est bien tentante avec ses torticolis de pâtes d'amande. Clé de fa et ses deux pommes d'amours qui la pointent. Je veux les deux ! Oh oui je les veux entières pour moi toute seule. Je n'ai qu’à écarter mes deux bras pour les atteindre toute les deux mais elles sont si loin. Le sol se dérobe, les portées s'entremêlent, je sombre... Ma gourmandise me rend-elle fausse ? Le cacao fait place au flan, je m'enlise, je me noie... puis je l'entends... Ut sera-t-elle ma rédemption ? Je m'accroche, le sel n'est pas loin. Je chante, cette chanson qui est partout dans ma tête. J'en ai plein la mémoire. Ma voix s'exalte alors que je me dérobe sous les litres de lait aux oeufs. Je chante déjà ma mort lorsqu’un gaz en do se délivre de mon intestin grêle et rend en air toute cette grotte d'Hansel et Gretel.

L'éveil est brutal... J'ouvre un oeil, puis l'autre... La cadence n'est plus... Je pose mes mains à plat sur le clavier. Le piano reflète mon visage, noircit mes canines et matérialise le damier sur mon sourire défait. Il est temps de composer à présent...

Par D.
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Lundi 9 février 2009
brimades, vase, cratère, placement, chaussons

écrit avec Siane, le  Dimanche 4 Mars 2007


Là-haut sur la colline, il y avait une chaumière. Là-haut vivait Anatole, le vieil ermite du village. Là-haut cela transpirait la solitude et les rêves d'antan. Dans le village on en parlait souvent d'Anatole, pour faire peur aux enfants qui n'avaient pas été sages. Les parents et les grands-parents disaient : "si tu continues ainsi on va te mettre en placement chez Anatole"...  L'effroi roulait dans les oreilles des bambins et la rumeur grondait, présentant l'ermite tel un géant qui volait les souvenirs et transformait la parole en pierre. Mais chose arriva qu'une petite tête à boucles rousses, une petite tête forte tête, avait beaucoup souffert de toutes sortes de vexations de la part des autres enfants et de sa propre famille en raison de son charmant minois espiègle et de ses boucles plus rouges que des charbons ardents.
Lui aimait entendre cette légende et pire, cumulait les bêtises pour en savourer les mots. Mais bientôt les fessées les remplacèrent.

Un matin, le petit Auguste se dit qu'il devait savoir et gravir la colline. Las des brimades, il fallait partir à l'aventure. Un matin donc, feignant de prendre le chemin de l'école, il se dirigea rapidement en direction de l'ancien cratère et gravit la colline jusqu'au refuge d'Anatole. L'enfant frappa à la porte en vieux chêne, rempli d'espoir. Personne ne répondit... il ouvrit donc timidement et à la place du géant se trouvait un vieil homme malade, assoupi dans un fauteuil.
" Vole moi mes souvenirs ! Vole les moi tous !" hurla le gamin.
Anatole sursauta, ainsi sorti brusquement de son sommeil il découvrit face à lui le gamin aux boucles de feu, tous deux interloqués, ils se regardèrent un long moment et... éclatèrent de rire.
- Pourquoi déroberais-je tes souvenirs mon petit ? Finit par dire le vieux. J'en ai plein à revendre...
- Racontez les moi !- Oh ça serait long petit... oh et puis... accompagne-moi si tu veux, nous causerons sur le chemin, je dois lui apporter des fleurs aujourd'hui."
    
Le vieux quitta ses chaussons pour ses vieux souliers et prit par la main le petit Auguste toute inquiétude avait quitté l'enfant, jamais il ne s'était senti aussi rassuré que maintenant marchant au côté du vieil homme. Et ils parlèrent, parlèrent, parlèrent, buvant l'un et l'autre la parole. Puis ils arrivèrent à la pierre non loin du cratère.
- L'ancien volcan a avalé Margot, petit... je suis centenaire et j'attends inlassablement la faux."
Le petit serra la main de l'ancien puis, avec détermination il lâcha la vieille main pour s'approcher plus avant du volcan et, quelque chose d'étrange s'est alors produit. Sous le choc, le vieillard brisa le vase mortuaire et les fleurs fanées tombèrent une à une. Il se réveillait ! Oui c'était bien de la lave qui s'écoulait sous les pas de l'enfant. Le petit marchait, le feu mordait la terre
- Qui es-tu boucles rousses ? chuchota Anatole
- Je suis l'esprit du volcan et je suis venu te chercher pour t'amener jusqu'à Margot."
    
Les deux silhouettes s'engouffrèrent dans le ventre de la terre et aussitôt la lave s’est arrêtée de couler et la colline se couvrit de fleurs. La disparition de l'enfant agita longtemps le village et les mémoires. Mais si les animaux pouvaient parler le vieux chien de la maisonnée vous aurait conté la destinée du jeune voleur de regrets aux boucles de feu.


Par D.
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Mardi 26 février 2008

écureuil, bassin, cerisier, tabouret, eau minérale, tarte tatin

Au cœur de la forêt de Huelgoat vit le vieux Merzhin, l'ermite. Assis sur son tabouret, il guette l'aube et ses présages. Sa chaumière branlante fait corps avec la feuillée, seul l'aguerri connaît son existence. Il y a fort longtemps que le vieillard a fui les hommes, et leurs temps modernes. Seule la respiration de la terre et les battements du vent dictent mal gré, bon gré son organe de vie. Il y a fort longtemps que le vieillard a fait le serment de disparaître lorsque Huelgoat expirera. Ce matin là, le ciel est pourpre et Merzhin est préoccupé.

Il se lève, se dirige vers la rivière et observe le courant. L'ondée est trouble, l'air est lourd.
Là haut, les arbres plient sous l'affront d'une menace  que le vieux n'arrive à distinguer... L'oiseau vole et rejoint sa nuée, L'écureuil grimpe et rejoint la cime, le scarabée trottine et rejoint son azalée. Devant l'ombre de son reflet que lui projette le bassin, que peut rejoindre l'ermite? A l'aube de son 80ème année, Merzhin est seul et le souvenir guette. Près de sa demeure, le cerisier surplombe la pierre. Le tronc est immense, et les regrets aussi. Merzhin soupire, rentre aux fourneaux pétrit la pâte et pense à Elle. La lame de son couteau tranche le cœur des pommes et l'amertume aussi. L'air est lourd, et fait fondre le beurre. Les mains du vieil ermite transpirent les années d'errance. Fuir... Faire corps... Disparaître. Le sucre gît, et la cannelle n'est pas loin. Merzhin hume le songe de longues années passées... Le sel cerne ses yeux. A quoi bon? Et si...? Pourquoi ne pas... Il n'est jamais trop tard pour refaire surface... Le vieux sourit... Tarte... Tatin... rejoindre le bitume et la retrouver? La porte est entrouverte... et Huelgoat soupire. Il pleut... La mémoire fissure l'homme et la forêt pleure. Il pleut... Des pierres... Immenses...Elles jaillissent de partout, incisives... Merzhin comprend... On ne peut trahir la terre. Et sous la rage de la roche, le vieil homme expire.

Aujourd'hui, Huelgoat s'offre aux hommes. On peut même encore voir en son sein les larmes qu'elle versa naguère pour la perte de son amant de chair.

FIN

(Conte des bulles de Chimay ~ 24/O2/08 ~)


Par D.
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?!

  • point.de.suspension
  • : 25/10/2007
  • : Si j'étais un signe de ponctuation, nul doute que je serais un des points de suspension

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