Mardi 26 février 2008

écureuil, bassin, cerisier, tabouret, eau minérale, tarte tatin

Au cœur de la forêt de Huelgoat vit le vieux Merzhin, l'ermite. Assis sur son tabouret, il guette l'aube et ses présages. Sa chaumière branlante fait corps avec la feuillée, seul l'aguerri connaît son existence. Il y a fort longtemps que le vieillard a fui les hommes, et leurs temps modernes. Seule la respiration de la terre et les battements du vent dictent mal gré, bon gré son organe de vie. Il y a fort longtemps que le vieillard a fait le serment de disparaître lorsque Huelgoat expirera. Ce matin là, le ciel est pourpre et Merzhin est préoccupé.

Il se lève, se dirige vers la rivière et observe le courant. L'ondée est trouble, l'air est lourd.
Là haut, les arbres plient sous l'affront d'une menace  que le vieux n'arrive à distinguer... L'oiseau vole et rejoint sa nuée, L'écureuil grimpe et rejoint la cime, le scarabée trottine et rejoint son azalée. Devant l'ombre de son reflet que lui projette le bassin, que peut rejoindre l'ermite? A l'aube de son 80ème année, Merzhin est seul et le souvenir guette. Près de sa demeure, le cerisier surplombe la pierre. Le tronc est immense, et les regrets aussi. Merzhin soupire, rentre aux fourneaux pétrit la pâte et pense à Elle. La lame de son couteau tranche le cœur des pommes et l'amertume aussi. L'air est lourd, et fait fondre le beurre. Les mains du vieil ermite transpirent les années d'errance. Fuir... Faire corps... Disparaître. Le sucre gît, et la cannelle n'est pas loin. Merzhin hume le songe de longues années passées... Le sel cerne ses yeux. A quoi bon? Et si...? Pourquoi ne pas... Il n'est jamais trop tard pour refaire surface... Le vieux sourit... Tarte... Tatin... rejoindre le bitume et la retrouver? La porte est entrouverte... et Huelgoat soupire. Il pleut... La mémoire fissure l'homme et la forêt pleure. Il pleut... Des pierres... Immenses...Elles jaillissent de partout, incisives... Merzhin comprend... On ne peut trahir la terre. Et sous la rage de la roche, le vieil homme expire.

Aujourd'hui, Huelgoat s'offre aux hommes. On peut même encore voir en son sein les larmes qu'elle versa naguère pour la perte de son amant de chair.

FIN

(Conte des bulles de Chimay ~ 24/O2/08 ~)


par D. publié dans : ... Mots
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Lundi 19 novembre 2007

Au détour d’une petite route de campagne, au delà de la lande de cette contrée au nom insaisissable, le sol taraudé d’herbes hautes nous invite vers un ailleurs. Dissimulé par l’incertitude feuillue, le chemin sinueux et rocailleux qui y mène tend à disparaître… La terre est pourpre et boit le ciel, la crevasse est immense.

 

On raconte qu’à l’aube, il y a fort longtemps, les lavandières malmenaient le linge au lac. La lune en déclin se nourrissait de leurs paroles, l’eau de leur labeur… Mais ce matin là, la lune et le miroir ondoyant aveuglèrent le voyageur aux tentacules. Ecrasant la rosée de leurs yeux, nos bonnes femmes assistèrent à un bien étrange mouvement dans le ciel. L’air frais devint lourd, et la chute des profondeurs du dessus fut terrible… Affolées, les lavandières se dispersèrent de toutes parts hors du pays Bigouden, et leur parole devint faribole.

 

Le lac n’est plus, tari par cette chute. Mais on peut distinguer encore au cœur de cette faille l’empreinte de Saturne.

par D. publié dans : ... Mots
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Vendredi 16 novembre 2007
démodé, pneu, oie, casque, crasse,
 



Dans les Carcasses, au dessus du Trou  béant que la Bleu était devenue, il observait l'envers du décor... Poser les mains sur ses yeux enlèverait la crasse des certitudes. Il n'y avait plus rien, l'humain décadent avait englouti sa descendance en agitant ses pions dans l'échiquier... Seul, lui et le néant. C'est alors qu'il la vit... Déambulant parmi les pneus, grasse telle une oie blanche, à la féminité démodée... Il enleva son casque, lui sourit, sentit poindre son désir, et se jeta sur Elle. Dans les Carcasses, au sein du cratère gît le corps du dernier vestige de l'humanité.


...
 
par D. publié dans : ... Mots
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?!

  • point.de.suspension
  • : Si j'étais un signe de ponctuation, nul doute que je serais un des points de suspension

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