Vendredi 26 octobre 2007 5 26 /10 /Oct /2007 14:46

Quelques heures déjà que cette femme erre dans le chemin sinueux qui mène à la forêt. Le regard éperdu, elle s’enfonce dans la profondeur de la nuit. Son visage est blême comme celui de la lune pleine, seule source apparente de lumière… Aller de l’avant, marcher toujours sans s’arrêter… La masse sombre des arbres effraie un peu à cette heure tardive mais ne freine pas la course de l’insensée. Sans se soucier de l’ombre grimaçante du feuillage, elle continue, pénètre l’orée anathème. Le hululement du  hibou se mêle aux cris stridents de l’enfant qu’elle tient maladroitement dans ses bras. Faire vite, commettre l’horrible baptême… Ignorer au contact de cette chair qui est sienne, le frisson de l’innocence, la douceur de la peau encore ensanglantée… le nouveau-né a quitté sa matrice pour recevoir la béatitude du sein maternel. Le corsage entrouvert, le petit est  en proie à la caresse venimeuse du vent. La  mère tremble elle aussi… Revenir sur ses pas est inutile… Ne vois-tu pas pauvre folle le sourire de Médée poindre dans l’astre nocturne ? Les pieds nus de la malheureuse foulent la terre pourpre de Brocéliande , théâtre de  sa déchéance. Dans sa tête, seul est perceptible le bruissement de la  feuillée, douce imploration de la sylve bientôt profanée. L’aube est proche… La mère écrase de sa main frèle  la rosée de son œil irrité. Réprimer les tourments de cette conscience devenue si lourde … Le nourrisson bercé par la cadence s’est assoupi.  Sur les paupières closes, elle  dépose un ultime baiser. A l’horizon, se dresse lentement Phébus, l’ardent complice de l’éveil des hommes. La femme accélère le pas, il est temps d’en finir… Dans sa course effrénée, elle sent l’inévitable chancellement de ses jambes, c’est la chute. Dans un même hurlement, la mère et l’enfant tombent sur le sol humide. Elle  se redresse péniblement : sa cheville est foulée, son bébé semble sans vie, … sans vie… Sombre ironie du sort… dieu a ouvert la voie à ce qu’elle répugnait à faire. Ce rire est terrible, c’est celui de la démence… Cette femme s’éloigne de ce petit amas de chair, elle boîte. Survient la panique, le sentiment de culpabilité, le revirement maternel. Qu’a-t-elle fait ?… Un soupçon de lucidité trouble son esprit. Elle revient sur ses pas, ramasse l’enfant… son enfant… Son oreille collée à la poitrine, elle entend le faible battement du petit cœur, le cœur de son enfant. Elle reprend alors sa marche en quête du lac damné par Morgane. Déposant le petit être sur la berge, la mère se jette dans l’eau glacée du Miroir aux fées. Le ciel est bleu, un bleu gris propre à la Bretagne. Il fait clair maintenant. Pourtant, personne ne peut discerner distinctement cette silhouette fuyante, cette ombre à la dérive…


(Texte inachevé, 1997)
Par D. - Publié dans : ... Mots
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Vendredi 26 octobre 2007 5 26 /10 /Oct /2007 14:33
 
Ne réponds pas à l’insensé selon sa folie,
De peur que tu ne lui ressembles toi-même.
Réponds à l’insensé selon sa folie,
Afin qu’il ne se regarde pas comme sage.

 

 Ancien Testament, proverbes XXVI, 4, 5

 


L’église de la commune sonne… six coups… à moins que ce ne soit le chant matinal du coq qui tire Mme B. de son lit. Avant de confectionner le petit-déjeuner de l’homme, elle descend silencieusement l’escalier qui mène à la cave. Le monde appartient-il aux gens qui se lèvent tôt ? A cette idée, cette femme acquiesce ; chaque matin, elle s’élance au dehors, retire ses pantoufles et marche paisiblement les pieds nus sur l’herbe encore toute humide de rosée. « C’est très bon pour la circulation », vous dirait-elle de sa voix monocorde si vous aviez eu l’indécence de soutenir son regard noir trop longtemps. Chaque plante, légume et fruit  sont ainsi inspectés de ce même œil sévère qui vous semble étrange, si étrange…

 

Sept-heures… l’homme s’éveille. Remontons vite chauffer le café et beurrer les tartines de ce pas. Seulement, Mme B  remarque avec horreur que… la voiture de son fils aîné est toujours là… sept-heures ! V. aurait du partir il y a déjà trois heures… Avec fureur, celle ci remonte l’escalier et constate que le fils sommeille bel et bien dans sa chambre. Nerveusement, elle le secoue dans tous les sens. « Fainéant ! fainéant ! » s’écrit-elle la rage au cœur. Le malheureux n’a d’autre exhutoire que quitter le chemin onirique pour celui du travail.

Sept-heures et trente minutes… Cet incapable n’est plus là. L’homme déjeune le nez dans son journal. Mme B. l’observe avec gravité. Au moment du départ, les yeux rivés sur ceux de son mari, elle lui déclare :
« Pourriez-vous m’emmener à super U vers midi quand vous rentrerez, nous manquons de provisions. »
L’homme dans un grognement démarre sa voiture.

Huit-heures… le silence… La religion est l’une des grandes préoccupations de cette femme. « Quelle est la meilleure ? » vous interrogerait-elle si elle vous portait dans son estime… A  cette heure, elle entonne une prière à genoux sur la terre. Si vous regardiez au dessus de sa tête, vous apercevriez diverses icônes, divers commandements… mais chut ! Ne faites aucune allusion à la vierge Marie car celle ci n’a jamais existé paraît-il…

Huit-heures et trente minutes … Brève incursion dans le jardin des B…. Constat des récoltes… Le nuage toxique des voisins est bien plus préoccupant qu’elle ne pensait. Malgré l’éclat et la bonne texture de ses légumes, le verdict est rendu. Elle doit prévenir les gens…

Neuf-heures… Après avoir réajusté  son fichu, elle enfourche son vélo, dans sa sacoche : un mystérieux présent pour une certaine Mme A. Il faut faire vite, partir avant l’afflux des gaz carboniques provenant des pots d’échappement…

Neuf-heures et dix minutes, elle est rendue au domicile prévu… Mme A.  s’apprêtait  à partir faire ses courses. Mme B.  n’a pas eu à sonner… heu… pardon frapper car sonnette connaît pas…
« Bonjour madame, chuchote-t-elle, je ne pourrais vous apporter de légumes avant une semaine.
-  Même pas vos haricots jaunes ?  Y sont si bons…
-  Non madame, j’ai un problème de pollution… Je vous quand même apporté quelque chose.
-  Quoi donc ?
-  Ceci, surtout n’en parlez à personne ! »
Elle lui tend ce quelque chose enroulé de linge blanc, (Surtout n’utilisez pas de papier aluminium ou plastique enfin, c’est cancérigène ! Non mais !)
 
Suspense…

Avec stupéfaction, Mme A. découvre le précieux présent : ce sont des noisettes. Ne dites pas particulièrement à cette femme vêtue d’un corsage blanc et d’une longue jupe bleue à l’étoffe rudimentaire que ce ne sont que des noisettes, ce serait une grossière erreur de jugement ! Ces fruits sont nourris de la semence de la terre et on réchappé in extremis à la menace toxique grâce à la main verte de Mme B.

Mme B. n’a jamais percé le secret des multiples expressions du visage de Mme A… Aussi elle ne comprend pas cette cascade de sourires, et ces rires… infâmes… Le rire est un péché, nul doute que Mme A. a déjà fait commerce avec le démon : parler de fantômes avec tant d’aisance, dire les mots interdits ! Ah les mots abjects tels que b*, m**, t***, Mme B . souhaiterait vraiment les absoudre de la bouche de cette femme. Certes Mme A . est dotée de qualités sans pareille : elle possède des plantes rares et  n’hésite pas à lui en faire don. Il est donc naturel qu’elle fasse partie de la liste des gens qui ont le privilège de goûter ses produits sains.

Neuf-heures et quinze minutes, notre héroïne reprend la route. Une dizaine de personnes attendent sa venue. Il faut donc au plus vite répandre la nouvelle. Avec prestance, elle pédale de toutes ses forces : Mme A. lui a déjà fait perdre assez de temps : cette femme loquace pose décidément trop de questions.

Plus tard… Onze heures moins le quart… Mme B. gare son bolide dans la cave. Pendant son trajet, elle a longuement réfléchi. Les tâches ménagères sont de rigueur. D’un air humble, elle choisit le balai adéquat et se met cœur à l’ouvrage. La maison lavée à grande eau (avec peu de produit car cancer et économie oblige), elle décide de compléter son travail en effectuant le repassage quotidien, une tâche d’ailleurs dont elle excelle la pratique. Tout en maniant avec adresse le fer chaud, elle pense à ses deux fils : que va-t-elle faire du premier ? Comment va-t-elle réagir au départ du second ? Il ne faut pas sous-entendre que Mme B .  n’a pas un cœur de mère gros comme ça. Toutefois, elle s’offusque tellement du parler de ses deux garçons, qu’elle a établi une distance : le vouvoiement. Pourquoi poser les mêmes règles à l’égard même de son mari ? Sûrement pour ne pas marquer de différences…

Une heure et quart de réflexion… Mme B. relève la tête, elle a cru entendre les rugissements de la voiture de l’homme. Avec précipitation, elle débranche le fer puis range avec soin la pile de linge. Elle court dans la cuisine chercher le porte-feuilles puis se précipite vers le portail pour le lui ouvrir (en crochetant  les divers cadenas, sécurité oblige).
« Es-tu prête ? grommelle le conducteur
- Oui, allons y tout de suite, il ne faut pas que je tarde à préparer le repas… »
 Mme B. ouvre la portière et s’installe sur la place du mort. (Brrrrr)

Midi et cinq minutes… SuperU… Mme B. apprécie cet hypermarché : la marchandise est de bonne qualité, l’accueil est chaleureux, la patronne, Mme E. une femme honnête et travailleuse. D’ailleurs celle ci a tellement bon cœur qu’elle l’a cru sur parole quand Mme B . est retournée l’autre jour chercher le paquet de lessive oublié malencontreusement la veille en caisse. Le paquet en question introuvable, cette brave femme l’a tout de même dédommagée en lui offrant un autre. Quelle générosité ! Il est donc normal de couvrir cette personne de légumes !!! Mme B . se sent  telle une cliente considérée surtout lorsque Mme E. a eu le bon sens d’engager son fils J.M pour l’été. Il  s’occupe du rayonnage (épicerie), c’est un travail respectable avec de hautes responsabilités. Ah SuperU ! Une affaire bien gérée par une directrice qui a les pieds sur terre !

Midi et dix minutes… Les B. font le tour du magasin en remplissant conscencieusement leur caddie. Vient le moment de passer en caisse. Nous sommes en Juin, fin… Juin, ce qui veut dire qu’apparaissent de nouvelles têtes aux caisses enregistreuses : des saisonnières. Mme B. est un peu méfiante mais à la caisse deux, il y amoins de monde qu’à la caisse de C., une caissière qui est là à l’année. Que faire ! Si les B. vont à la caisse d’une débutante, celle ci ira moins vite que l’autre, s’ils vont à l’autre, ils seront obligés de faire la queue : que faire ! Finalement, c’est l’homme qui prend la décision… Tout se passe pour le mieux : les produits défilent sur le tapis les uns après les autres soumis à un bip encourageant. Mme B. détaille comme d’habitude ce qu’elle a laissé dans le chariot : six pains, un pack de lait… L’encaissement : tout va bien : le couple n’a pas oublié la carte U ! Mr B. tend sa carte bancaire à la jeune caissière… Merci, au revoir, un sourire en poche et voilà les B. qui s’en vont satisfaits vers leur voiture.

Midi et trente-cinq minutes : retour au   - home-sweet-home - . Mme B ; retourne à ses fourneaux, elle va confectionner deux repas : un pour sa famille, un pour elle. Cette excellente cuisinière est en effet végétarienne, et pour tout vous dire Mme A. y est un peu pour quelque chose. Les B. possèdent un terrain à la superficie considérable : ils y cultivent des légumes et des fruits mais auparavant, ils élevaient également des poules, des chèvres et des lapins pour leur chair. Sans cesse, Mme A. lui rappelait les droits violés des animaux, la souffrance qu’ils  pouvaient endurer, comment pouvait-elle les élever pour les manger ensuite. Quelle nécessité avons nous de manger de la viande ? C’est sur cette idée que médita toute une journée Mme B.

Le lendemain, triomphante, elle déclara  à Mme A. :
« Madame, j’ai suivi votre conseil, je ne mange plus de viande dès aujourd’hui. »
Mme B. découvrit alors une nouvelle expression étonnante sur le visage de son interlocutrice : celle ci était restée bouche bée n’osant rétorquer mot.

Pendant que son mari met le couvert, Mme B ; épluche patiemment des pommes de terre. Soudain, elle ressent un vertige, un frisson lui parcourir la nuque : six pains… six pains… mais elle n’a pas acheté six pains mais sept ! 
 
 
 

*      bidule  **    machin  ***  truc


(Texte inachevé, 1998)
Par D. - Publié dans : ... Au Fond du Tiroir
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 26 octobre 2007 5 26 /10 /Oct /2007 02:14
carpe-diem.jpg
Par D. - Publié dans : ... Suspension
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

?!

  • ...
  • : 25/10/2007
  • : ...

. . .

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Annotations

Rechercher

. . .

undefined

. . .

 

undefined  4 


. . .

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés